Portrait de groupe avec dame

(GRUPNI PORTRET SA DAMOM) 

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CINEMATOGRAPHE (28 Juin 1977)
SELECTION OFFICIELLE - FESTIVAL DE CANNES

Je voulais souligner la bonté, la chaleur humaine d'une certaine Allemagne, représentée par Leni Gruyten, une femme qui sait aimer et donner, au moment où tout le monde prend. Aleksandar Petrović

Co-Production: Stella-Film, München, Les Artistes Associés, Paris, Cinèma 77 Betelinguns GMBH & Co. Produktions KG, ZDH, MAINZ. 1977
Scénario: Aleksandar Petrović, Jürgen Kolbe d'après le roman du prix Nobel Heinrich Böll
Réalisation: Aleksandar Petrović
Décors: Vlastimir Gavrik, Reinhard Seigmund
Directeur de la photographie: Pierre William Glenn
Directeur artistique: Vlastimir Gavrik
Producteur: Martin Hellstern, Hans Pflüger
Montage: Marika Radvanyi, Agape von Dorstewitz
Choix de la musique: Aleksandar Petrović
Musique:

Le rossignol (chant populaire russe)


Wolfgang Amadeus Mozart, Franz Schubert

Distribution: Romy Schneider, Brad Dourif, Michel Galabru, Rudiger Vögler, Vadim Glowna, Richard Münch, Milena Dravić, Vitus Zeplichal, Velimir Bata Živojinović, Fritz Lichtenhahn, Rudolf Schündler, Gefion Helmke, Wolfgang Condrus, Peter Kern, Dieter Schidor, Isolde Barth, Milosav Aleksić, Elisabeth Bertram, Dragomir Gidra Bojanić, Max Buchsbaum, Connie Diem, Christian Hanft, Karl Heuer, Hannes Kaetner, Bettina Kenter, Joachim Kerzel, Heinz Lieven, Evelyn Meyka, Annie Monange, Dorothea Moritz, Károly Nagy, Witta Pohl, Kurt Raab, Alexander Radszun, Heidi Schaffrath, Erich Schwarz, Walter Tappe, Sabine Titze, Charlotte Adami, Carl Duering, Irmgard Först, Ingeborg Lapsien, Eva Ras, Manfred Tümmler

Photographie:

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Plus de photos

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Romy Schneider dans le rôle de Léni

 

Résumé du scénario:

En 1966, dans le cimetière d'un couvent allemand, des roses rouges fleurissent la tombe de Sœur Rachel, femme d'origine juive morte de froid et de faim en 1943. Miracle ou supercherie? Leni Gruyten, ancienne élève du couvent, est soupçonnée. Léni et Soeur Rachel étaient très proches. Mais Léni fut renvoyée pour son comportement anticonformiste...
Nous retrouvons Léni maintenant âgée d'une cinquantaine d'années. Elle vit avec un Turc dans les mêmes mauvaises conditions que lorsqu'elle vivait avec un Russe pendant la guerre...
Quarante ans de la vie d'une femme qui a été marquée par les tragiques conséquences de la guerre.

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Prix, distinctions, festivals:

  • Romy Schneider a reçu le Prix Bobine d’or - German Film Awards prix du gouvernement allemand de la meilleure actrice allemande.
  • Prix Bobine d’argent pour le film - German Film Awards prix du gouvernement allemand.
  • Palme d'or – Nomination XXXe Festival du film à Cannes, 1977
  • Prix du Jury Oecuménique – Nomination XXXe Festival du film à Cannes, 1967
  • Festival du film – « Les droits de l’homme » Chicago, 29.03-26.04.1980.
  • FEST Belgrade 1987.
  • Festival des films documentaires à Rennes, (Programme spécial) 17-22.11.1992.
  • Festival international du film Cinèma City, Novi Sad, 2009. – Hommage à l’auteur national Aleksandar Sacha Petrovic

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Extraits de presse:

Un cinéaste yougoslave ramène aux Allemands leur star égarée: Romy Schneider

"Si Léni portait les cheveux plus courts et les rendait carrément plus gris, elle passerait pour une femme de 40 ans: tandis qu'en les portant longs et flottants, elle rend trop évidente l'opposition entre sa coiffure juvénile et un visage qui ne l'est plus, si bien qu'on lui donne à peine moins de 50 ans..."
Ainsi Heinrich Böll décrit-il héroïne de son roman PORTRAIT DE GROUPE AVEC DAME. Description extérieure. Pour le reste, nous découvrirons le personnage à travers les témoignages de quelques "informateurs" interrogés par l'auteur au fil d'une enquête méticuleuse, presque maniaque où la méthode du romancier se substitue au roman même selon un processus typiquement cinématographique popularisé par le célèbre Citizen Kane d'Orson Welles.

Il était donc naturel que le cinéma s'intéresse au livre de Böll. Dès sa parution, Petrovic, l'auteur de J'AI MEME RENCONTRE DES TZIGANES HEUREUX, prend une option sur les droits d'adaptation. Aux "ARTISTES ASSOCIES" on lui dit: "Si vous avez l'accord de Romy Schneider, nous finançons le film."
Romy dira "Oui"...

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A Berlin, dans un vieil hôtel de la Reichstrasse rescapé des bombardements de 1945, Petrovic a installé l'appartement de Léni, une Romy aux cheveux gris et aux yeux ridés de fatigue (son personnage évolue sur quelques 25 ans, elle change une dizaine de fois de maquillage) qui tient salon autour d'une tasse de thé et d'une assiette de biscuits. Là se retrouvent de vieux amis, des hommes et des femmes qui seront les témoins de sa vie...Les meubles, les tableaux, les bibelots, les nappes sont tels, semble-t-il, qu'ils devaient être 40 ans plus tôt: un
appartement fossilisé, peuplé de personnages couverts de toiles d'araignée...

Il fait frais dehors mais les projecteurs ont transformé le logement en fournaise et les techniciens travaillent en maillots de corps. Au milieu de ce capharnaüm peuplé d'acteurs américains (l'extraordinaire Brad Dourif, le jeune suicidé de « Vol au-dessus d'un nid de coucou »), allemands, autrichiens, yougoslaves, français, je retrouve Michel Galabru (qui joue le rôle de Pelzer, l'ami fidèle de Léni): "Mon cher, je dis mon texte en français, on me répond tantôt en allemand, tantôt en anglais, tantôt en serbe, mais rarement dans ma langue, car avec Annie Monange, nous sommes les seuls Français de la distribution. Notez aussi que nous jouons des Allemands, l'Américain un Russe et les Serbes les Turcs!"...

Surgit Petrovic:
"On travaille comme des fous: dix semaines de tournage alors qu'il en faudrait treize..."
Il faut dire que Petrovic "découpe" énormément ses séquences et change d'axe à chaque réplique.

"Pourquoi j'ai choisi Galabru? Par ce-que j'ai beaucoup aimé ce qu'il a fait dans "Le Juge et l'Assassin" de Tavernier."

Je sais qu'il a eu des problèmes avec Romy. Elle est toujours un peu désorientée lorsqu'elle tourne sous la direction d'un metteur en scène qu'elle ne connaît pas bien et dont la manière de travailler est assez rude et rapide. Maintenant tout baigne dans l'huile.

Petrovic est allé chercher à Berlin la poésie des ruines, comme il ira chercher la neige en Autriche la semaine suivante:

"L'histoire se déroule à Cologne, mais nous pourrions la situer dans n'importe quelle cité martyre. Ici à Berlin, il existe encore un quartier de ruine qui va être rasé et restauré. Alors nous avons joué aux démolisseurs: quelques charges de dynamite ici et là et nous retrouvons le visage de la guerre... C'est très important dans le film.

Richard Münch dans le rôle du père de Léni

Richard Münch dans le rôle du père de Léni

J'ai voulu montrer, et c'est je crois aussi le sens du roman de Böll, que les Allemands avaient souffert de la guerre: c'est un peu la tragédie des bourreaux. Car une guerre est toujours perdue, par les vainqueurs comme par les vaincus. Et le personnage de Léni, une des victimes de cette période noire de l'histoire mondiale, concrétise ce drame et le prolonge jusqu'à nos jours.

Une chose m'a surtout attiré dans l'œuvre d'Heinrich Böll: c'est ce mélange de quotidien et de mysticisme, qui est pour moi très important dans la vie."
On retrouvait déjà cette préoccupation dans J'AI MEME RENCONTRE DES TZIGANES HEUREUX et dans LE MAITRE ET MARGUERITE. Petrovic s'est donc retrouvé en communion avec Böll dont il est, coïncidence, un peu le sosie.
L'AURORE-SPECTACLES - Guy Tisseire

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Romy Schneider pour ELLE

06 juin 1977

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Pendant le tournage du film Romy Schneider aux deux visages, telle qu’elle apparaît « Portrait de groupe avec dame », d’Alexandre Petrovic, d’après le roman du prix Nobel Heinrich Böll. Dans sa loge, pendant le tournage du film, d’une vieille maison préservée de Berlin, elle vous accueillait par un sarcasme: « Alors elle n’est pas encore trop moche la vieille Romy ? » Depuis, Romy a retrouvé son visage lisse et le film a représenté l’Allemagne à Cannes. « Mais c’est terrible, confiait-elle devant son miroir, de se voir telle qu’on sera dans… » Et d’un geste de main elle effaçait le fard de ses rides et la première inquiétude. « La solution ? Ma solution ? Faire en sorte de ne plus jamais m’ennuyer. »…

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Interview Romy SCHNEIDER - Portrait de groupe avec dame

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PORTRAIT DE GROUPE AVEC DAME

CINEMATOGRAPHE - Philippe Carcassonne

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10 ans après J’ai même rencontré des tziganes heureux, Aleksandar Petrovic revient à Cannes, avec un film regroupant Allemands, Français, Yougoslaves, sans oublier un Américain. Il s’explique notamment sur ce choix multinational.
"... Il semble, en effet, sans préjuger de ses intentions, que Petrovic ait foi en ce qu'on pourrait appeler "l'autonomie globale" du film, c'est-à-dire l'idée selon laquelle le film nécessairement considéré comme film-objet) produit un rythme, une émotion, un mouvement dramatique qui lui sont propres, et dont il fait, en quelque sorte, lui-même ses lois. Un tel système impliquerait alors la recherche d'une linéarité originelle, a-chronologique, et l'existence d'un mode d'appréhension interne, spécifique à chaque film, et à chaque film renouvelé. Or, c'est bien ce qui en constitue à la fois l'intérêt et la limite. Du roman d'Heinrich Böll, Petrovic a scrupuleusement conservé la structure narrative éclatée, le télescopage enthousiaste des différentes phases du récit, pour tenter d'établir une logique originale, dont les termes, plus suggérés qu'énoncés, finissent par former une subtile dentelle d'idées et de sentiments.

Ainsi, aux visages tour à tour hystériques et désabusés de l'Allemagne Guerrière, s'oppose celui, serein malgré deuils et bombes, de Léni Gruyten, "donatrice de joie", opposition que Petrovic restitue sans aucun didactisme, quelle que soit l'affection qu'il porte à son héroïne. PORTRAIT DE GROUPE est un portrait qui inverse la représentation des signes narratifs: l'intrigue devient le décor, et le décor l'intrigue. Plutôt que d'élucider à tout prix les nombreuses questions du scénario, il préfère canaliser l'attention et l'émotion sur des moments où l'intensité durative peut pleinement fonctionner. La scène de la tasse de café (que Böll et Petrovic appellent "le moment du café") exerce, à cet égard, une fascination particulière: Romy Schneider lave et relave pendant de longues minutes l'instrument de sa révolte, donnant ainsi un corps puissamment métaphorique à la domesticité banale de l'opération même. Un procédé corollaire est utilisé plus loin, lorsque le soldat borgne (l'étonnant Rudiger Vögler, révélé à Paris par les deux films de Wim Wenders) se prête à d'interminables simagrées qui ont toutes chances de déboucher sur son exécution, et qui, de fait, finissent par y conduire.

De ce point de vue, on trouve dans PORTRAIT DE GROUPE la référence à une problématique de l'attente confortée et non-déçus, cet effet d'étonnement paradoxalement produit par l'inévitable, largement évoquée dans le domaine littéraire, mais que le cinéma a plutôt négligé, préférant avoir recours à un type de surprise plus spectaculaire. Cette recherche originale, et le traitement quasi-impressionniste d'un entrelacs de thèmes moraux et métaphysiques, permettant à Petrovic d'éviter les pesanteurs naïves du cinéma "à message", mais ne l'empêchent pas de trébucher sur les pièges, désormais classiques, de l'adaptation cinématographique. Non qu'il s'agisse de lui reprocher ses infidélités au livre de Böll (d'autant que Böll lui-même a collaboré au scénario), mais au contraire son respect scrupuleux du texte, finissant par aplatir le relief spécifiquement cinématographique de sa réalisation. Et l'on peut s'empêcher de méditer ce mot de Peter Brook, lorsqu'il adaptait Le Roi Lear: "ce qui se rapproche le plus d'une adaptation objective, c'est le parti-pris".

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Romy Schneider et Aleksandar Petrovic
(pendant le tournage du film Portrait de groupe avec dame)

Aleksandar Petrović à propos du film Portrait de groupe avec dame:

(Propos recueillis par Philippe Carcassonne) 

ALEKSANDAR PETROVIC

- CANNES SELLECTION OFFICIELLE

CINEMATOGRAPHE

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Carcassonne: On est frappé par la structure morcelée du film, de son récit et de son rythme. Il y a une constante alternance entre les montages rapides et les scènes lentes, la scène du café par exemple...

Alexandre Petrovic: Il faut vous dire que, dans le roman de Böll, cette scène est minutieusement décrite, il y a une rupture dans l'écoulement littéraire. Moi, j'ai insisté sur le "moment du café" pour dramatiser cette manipulation matérielle de petits objets. Il me semble qu'il y a une interaction, un rapport dialectique entre le rythme et le dessin dramaturgique, la courbe de la scène. De même, j'ai tenté de me libérer de l'unité de style, en entremêlant des éléments appartenant à des genres différents. Il faut que le style soit fonction du récit, et non le contraire, sous peine de tomber dans la sclérose et le formalisme. D'ailleurs je ne pense pas "style", quand je travaille. L'important, c'est le sentiment de vérité. Le style émerge de l'édifice dramaturgique.
C.: Avez vous éprouvé des difficultés à faire travailler des acteurs de langue et de formations différentes?

A.P.: Aucun problème! au contraire, mettre Galabru, qui parle français, en face de Milena Dravic, qui parle serbe, cela crée un dynamisme original.
Michel Galabru: Absolument! Tourner PORTRAIT DE GROUPE a été pour moi une expérience formidable, j'ai trouvé les acteurs excellents. Ce qui compte, plus que les mots eux-mêmes, c'est l'intonation, la musique du dialogue; c'est comme un orchestre à plusieurs voix. La musique inhabituelle d'une autre langue vous permet de réinventer le dialogue.

C.: Pourquoi avez-vous choisi Brad Douriff?

Brad Douriff et Aleksandre Petrovic

Brad Douriff et Aleksandre Petrovic

A.P.: Le rôle du prisonnier est un rôle passif, silencieux, c'est-à-dire difficile. Il fallait un acteur doté d'une forte présence, qui puisse suggérer l'émotion, sans l'exprimer vraiment. Dourif semble sortir d'une pièce de Tchékhov: c'est l'image-type du jeune intellectuel russe; il cadrait parfaitement avec le personnage. Ceci dit, il s'est passé des choses intéressantes à cause des différences d'école dont vous parliez avant. Dourif vient de l'école américaine, c'est-à-dire de l'école russe; par exemple, lors de la scène de l'arrestation, il m'a demandé, avant le tournage, à ce qu'on lui fournisse "son livret militaire". Je lui ai répondu qu'on en aurait besoin beaucoup plus tard, car on devait tourner ce plan là dans la soirée. Eh bien, il a insisté, il lui fallait quand même le livret dans la poche! C'est le summum de l'identification. D'autre part, il demandait toujours à ce que ses partenaires restent devant lui pendant une scène, même s'ils n'étaient pas dans le champ. Inversement, je tournais une scène avec Galabru, et Dourif lui demande gentiment: "Michel, voulez-vous que je reste devant vous?";

Galabru a répondu imperturbablement: "Mais pourquoi, vous n'êtes pas dans le plan...!" (rires). De toute façon les deux écoles se complètent, et ce qui compte surtout, c'est le talent des acteurs.

Michel Galabru dans le rôle de Pelzer

Michel Galabru dans le rôle de Pelzer

C.: Vous avez déjà adapté Boulgakov et Böll; avez-vous l'intention de continuer un travail d'adaptation?

A.P.: Je n'ai pas de système préconçu, je ne peux vraiment vous dire; néanmoins, j'aimerais bien tourner un script basé sur plusieurs nouvelles d'Isaac Babel.

C.: Les scènes de bombardement sont assez impressionnantes; comment avez vous procédé?

A.P.: Il s'est trouvé qu'il existait à Berlin tout un quartier voué à la démolition; le Sénat de Berlin nous avait permis de nous en servir pour le film. Alors, on s'est mis en rapport avec l'entreprise de démolition, et on a fait sauter les maisons, pan de mur après pan de mur. Personne n'a été blessé dans l'opération, ce dont je suis très fier, parce que ce genre de scène entraîne presque toujours des accidents. D'autre part, je dois dire que j'ai acquis suffisamment expérience personnelle à Belgrade, pendant la guerre, pour savoir à quoi m'en tenir, en matière de bombardement!

Romy Schneider et Brad Dourif dans une scène de bombardement

Romy Schneider et Brad Dourif dans une scène de bombardement

C.: Apparemment, vous ne vous êtes pas attaché à éclaircir le récit lui-même...

A.P.: Tout est dans le dialogue; avec un peu d'attention, je crois on peut tout comprendre. Je n'ai pas l'impression d'avoir fait un film difficile. Simplement, les gens sont habitués à suivre un film dans la continuité; alors PORTRAIT DE GROUPE les décontenance un peu.

C.: Il y a pourtant un certain nombre de scènes (la tasse de café, la scène de l'hôtel) qui sont très soignées, mais qui n'apportent rien à la compréhension du récit...

A.P.: Dès que c' est dans le film, c'est important; chaque scène réfère, non seulement à la précédente, mais aussi à l'ensemble tout entier. De toute manière, le livre de Böll est cent fois plus compliqué; à côté, mon film, c'est un dessin animé! (rires). Sérieusement, je crois pas qu'il faille être plus explicite; je n'ai pas de croyance vis-à-vis des choses que je montre, simplement de l'amour, et le besoin de les montrer. Je voulais souligner la bonté, la chaleur humaine d'une certaine Allemagne, représentée par Léni Gruyten, une femme qui sait aimer et donner, au moment où tout le monde prend. Je pense que Böll a voulu démontrer à ses compatriotes, qui se sont comportés en voleurs pendant 10 ans, qu'il existait une autre manière de vivre; Leni Gruyten est souriante, tranquille, malgré tous les malheurs qui s'abattent sur elle. Hier, à la conférence de presse, une ancienne déportée qui avait vécu cette période, torturée dans un camp, m'a dit qu'en voyant le film, elle avait découvert quelque chose d'inconnu, une nouvelle Allemagne, et que cela lui avait donné le sentiment de renaître. J'ai reçu ce témoignage comme un cadeau.

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Quelques années après:

02 septembre 2007
LE MONDE – Pierre Assouline

La république des livres

Une résistance faite de petits riens

Ce film-là, je l'avais vu en son temps en 1977 mais quelque chose me dit qu'il gagnerait à être revu (ce lundi soir sur France 3 à 23h25) avec des yeux neufs, de même que le livre dont il s'est inspiré mérite la relecture. Le film d'Aleksander Petrovic et le roman d'Heinrich Böll portent un même titre qui a fait florès depuis dans la presse: Portrait de groupe avec dame (Gruppenbild mit Dame). Dans mes souvenirs du film, dont l'écrivain avait co-signé le scénario, se bousculent des morceaux de Mozart et Schubert (mais lesquels ?), les traits si expressifs de Romy Schneider dans la rôle de la bourgeoise berlinoise qui s'éprend d'un prisonnier russe, la surprenante apparition de Michel Galabru, la lumière admirablement réglée par Pierre William Glenn... Quant au roman lui-même, méditation sur la récupération et le broyage des idées des anciens anti-nazis dans l'Allemagne d'après, il pose des questions d'identité (après l'exécution de son amant russe, elle aime un Turc) en résonance avec d'autres plus contemporaines; il invite à revisiter l'univers de Böll, cet écrivain qui manque tant à l'Allemagne d'aujourd'hui, ses héros victimes souffrantes de l'Histoire, sa morale chrétienne, sa révolte sans révolution, sa sagesse et le respect qu'elle inspira de tous bords.

Böll évoquait la trame de son livre comme le destin d'une femme qui porte sur ses épaules tout le fardeau de l'histoire de son pays des années 30 aux années 70. Avec le recul, Portrait de groupe avec dame paraît un peu daté; il semble aussi "démodé" que les réalités politiques et sociales qu'il décrit. Il est sauvé non par sa langue mais par les échos de sa problématique communautaire dans nos sociétés, par l'ironie et par la technique de l'auteur, un montage et une écriture qui donnent l'illusion d'être documentaires. Et Léni, son héroïne, est inoubliable par les petits riens, les menus gestes, les expressions infimes, les moindres mots par lesquels elle manifeste sa résistance à l'inacceptable. Pas de grands mots, de grandes actions d'éclat ni de grands gestes. Que des détails mais parfois, ça suffit.

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