Théâtre

ALEXANDRE PETROVIC ADAPTE ET MIS EN SCENE POUR LE THEATRE:

1979 COEUR DE CHIEN (PSECE SRCE), scénario et mise en scène d'Alexandre Petrovic, d'après le roman de Mikhaïl Boulgakov. Théâtre L'atelier 212 à BELGRADE

 

1982 LE MAITRE ET MARGUERITE (MAJSTOR I MARGARITA) d'après le roman de Mikhaïl Boulgakov, scénario et mise en scène d'Alexandre Petrovic.

Théâtre NATIONAL DE BELGRADE

 

Dans l’incapacité de tourner en Yougoslavie, ni de diffuser son film Le Maître et Marguerite, Petrović monte deux pièces de théâtre, d’après des romans de Boulgakov: en 1979, pour le théâtre du prestigieux Atelier 212 à Belgrade, «Cœur de chien» et en 1982 «Le Maître et Marguerite» pour le THEATRE NATIONAL DE BELGRADE.

«Cœur de chien» connaît un énorme succès et reste longtemps à l’affiche.

La pièce «Le Maître et Marguerite» n’est pas, d’après Petrović une révolte contre l’interdiction du film comme la presse l’avait suggéré mais d’après lui une expérience de «diversification de la mise en scène».

 

ATELJE 212

PSEĆE SRCE (COEUR DE CHIEN)

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Mise en scène et dramaturgie: Aleksandar Petrović

Auteur: Mikhaïl Boulgakov

Première: 17 février 1979.

Press Book Atelje 212

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Extrait du Pressbook:

 

Le BON SATAN ET L'ANGE DU MAL

Discussion entre Aleksandar  Petrović et Borka Pavičević

 

Question:

Il est évident que Boulgakov vous inspire, ses thèmes, ses motifs. Il serait intéressant que vous nous disiez ce qui vous a préoccupé dans «Coeur de chien» en comparaison avec «Le Maître et Marguerite»?

 

Aleksandar Petrović:

J'ai eu l'impression que notre camaraderie, entre Boulgakov et moi, ne s'est pas terminée lorsque j'ai eu fini «Le Maître et Marguerite». Pour des raisons dramaturgiques et financières, des chapitres entiers de ce roman avaient été écartés. Comme le chapitre sur Jésus Christ. C'est ainsi. J'ai ressenti un sentiment d'inachevé à la fin de mon film. Entretemps, j'ai découvert «Coeur de chien» et j'ai écrit le scénario. Cela devait être un film produit en France.

Peu de temps avant le début du tournage, nous avons appris que le metteur en scène italien Latuada avait commencé à tourner un film d'après «Coeur de chien». J'ai réécrit la dramaturgie en utilisant un peu de textes d'auteurs contemporains de Boulgakov.... voilà comment nous en sommes venus à cette représentation.

Je suis resté très fidèle à Boulgakov dans le film Le Maître et Marguerite, du moins dans l'idée et la pensée, en dehors des changements dramaturgiques. Le Maître, la question de sa folie, les rapports avec Satan, avec la société, la perspective intemporelle, tout est très fidèle à Boulgakov.

Dans Coeur de chien cependant, j'ai modifié des choses d'une manière différente. Je pense avoir fait cela dans un sens positif. Je crois que Boulgakov devait être trop fâché lorsqu'il a écrit ce livre. Il avait une attitude trop froide vis-à-vis de la société, une position un peu aristocratique. Comme je connais très bien «Le Maître et Marguerite», la complexité de Boulgakov, j'ai imaginé qu'il aurait continuer à travailler sur son histoire «Coeur de chien» de sa façon habituelle, comme pour ses autres oeuvres, c'est pour cela que j'ai développé certaines points qui sont à peine ébauchés chez lui, mais pour lesquels on retrouve des indices de quelle direction ils auraient pu aller...

 

Question:

Nous pouvons percevoir dans votre travail ce qui me semble caractéristique de la littérature russe, c'est-à-dire ce lien invraisemblable et cette imprégation de l'amour et de la haine, du rire et des larmes, de l'humanisme et de la misanthropie, de la boisson et du sang, du Bien et du Mal, ce qu'on pourrait appeler dialectique, mais qui chez Dostoïevski est tout de même quelque chose de différent?

 

Aleksandar Petrović:

C'est toute l'idée du «Maître et Marguerite». Que Satan soit l'incarnation du Bien et qu'il existe un ange du Mal. Lorsque vous lisez le roman «Coeur de chien» beaucoup de choses vous semblent être l'esquisse de ce dont on parle, et Boulgakov aurait encore travaillé dessus. Et non, je ne l'ai pas trahi.

... Si les problèmes n'existaient pas, nous ne serions pas là pour les montrer, nous qui émettons de signaux artistiques et moraux. La vie n'est pas seulement terrible, et elle n'est pas seulement bonne. C'est la toute notre chance. Si nous pouvions établir toutes les règles selon lesquelles règnerait seulement le Bien, est-ce que le Beau existerait?

 

Question:

On parle des similarités et des différences entre le théâtre et le film. Vous avez réalisé de nombreux films, maintenant vous travaillez dans un théâtre. Vous avez la compétence de donner votre avis sur ces similarités et ces différences.

 

Aleksandar Petrović:

Aujourd'hui, dans le monde de l'Art, je pense au monde sérieux de l'Art, on estime que toutes les disciplines ne sont que des formes différentes de généralisation de l'artiste avec le monde. Un écrivain se met à réaliser un film car il pense que ce qu'il à dire se traduit mieux par un film. Il va de soi qu'il y a quand même un savoir et qu'on ne devient pas un cinéaste en trois jours, mais si vous vous investissez suffisamment, vous pouvez vous exprimez à la fois dans un film et au théâtre. Je pense qu'il n'y a pas de frontières bien délimitées comme on le disait auparavant. Le théâtre, tout comme le cinéma,  est un art de la scène et de la comédie, et supposer qu'un metteur en scène de théatre ne peut réaliser un film, et vice versa, n'a pas de sens et n'a pas une grande importance.

 

POLITIKA le 20 février 1979

Cœur de chien d’après Mikhaïl Boulgakov: un jeu de scène magnifique d'Aleksandar Petrović

«Cœur de chien» de Mikhaïl Boulgakov: une nouvelle d'après laquelle Aleksandar Petrović a construit un jeu dramatique émouvant et superbe, plein de fantaisie et d'ironie...

Le cinéaste Aleksandar Petrović, qui a adapté pour le théâtre «Coeur de chien», en développant certains personnages et motifs, traduit une profonde compréhension de la prose de Boulgakov, de son idéologie et sa tragédie, en bref, de son âme.

Petrović utilise subtilement l'espace (les décors sont réalisés par Vladislav Lalicki), les effets musicaux et l'éclairage, précise les gestes et déplacements des acteurs, détermine les pauses. Cela fait très longtemps que nous n'avions vu à l'Atelier 212  une production avec si peu d'approximations, qu'il faut différencier de l'improvisation, qui dans certaines pièces, serait souhaitable... «Coeur de chien», dans la mise en scène de  Petrović, est une saine et bonne représentation, la meilleure qu'on ait vue cette saison... Muharem Pervić

 

LE JOURNAL LITTERAIRE (Knjizevne Novine)  le 10 mars1979

THEATRE

L’inclémence de la réalité de la vie

Il se trouve qu’Aleksandar Petrović, pour faire son début au théâtre, n'a pas choisi la nouvelle de Boulgakov «Coeur de chien» par hasard. Son affinité pour cet auteur était bien connue, mais au premier regard, il est diificile de penser qu'on puisse réaliser un spectacle sur scène à partir d'une nouvelle telle que «Coeur de chien». Cependant, il semble que Petrović ait été aidé par son imagination cinématographique, qui n'est pas des moindres, et par sa capacité de découvrir et souligner le symbolisme des apparitions fantastiques et des tournants dans le tableau de l'ambiance post-révolutionnaire russe de Boulgakov. C'est ainsi que dans son adaptation, la prose de Boulgakov est embellie, mais ni l'auteur ni ses valeurs ne sont trahis. C'est avec facilité que Petrović a su utiliser les outils du théâtre pour créer une métaphore scénique, qui n'a pas vraiment un déroulement totalement identique à l'orginal, mais ne s'en détache pas non plus...

L'image humaniste des rapports humains qu'entonne Boulgakov est mise en valeur dans la pièce, puis l'absurdité de la bureaucratie du pouvoir, et encore beaucoup plus d'étincelles satiriques sur le compte de personnes qui même si elles n'ont pas un coeur de chien, ne sont rien d'autre que des robots...

L'interprétation de «Coeur de chien», sous la direction de Petrović, est sous le signe de nombreuses grandes créations de la part des comédiens....

Les décors de Vladislav Lalicki permettent de retrouver une atmosphère authentique. Les costumes de Divna Jovanović caractérisent et différencient clairement les personnalités. Fort de sa riche expérience cinématographique, c'est le metteur en scène qui s'est chargé des effets visuels et de la musique (arrangement de Vojislav Kostić).

«Coeur de chien», drame fantastique d'après la nouvelle du même titre de Mikhaïl Boulgakov, sous la direction d'Aleksandar Petrović, se transforme, grâce à un jeu de scène sincère d'une grande beauté, en une histoire fantastique envoutante qui révèle sans ambiguïté l’inclémence de la réalité de la vie. R. V. Jovanović

 

 

THEATRE NATIONAL DE BELGRADE 1982

Majstor i Margarita  (LE MAITRE ET MARGUERITE)

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Mise en scène et dramaturgie: Aleksandar Petrović

Auteur: Mikhaïl Boulgakov

Alors que le gouvernement yougoslave l’empêchait toujours de travailler dans le cinéma, Aleksandar Petrović monte «Le Maître et Marguerite» pour le théâtre, à la recherche une nouvelle forme d’expression artistique. Il décide d’inclure des fragments de son film, toujours interdit en Yougoslavie, à une scénographie dans laquelle les acteurs créent les liens d’un spectacle visuel.

La pièce n’a cependant pas eu le succès de «Cœur de chien». Petar Volk, dans le quotidien Ilustrovana Politika, écrit: «De toute évidence, le metteur en scène n’a pas de passion réelle pour le théâtre, sa réalisation est une erreur, tout cela parce que le cinéma «Jadran» (grand cinéma de Belgrade) est en face du théâtre. Il ne rend service ni au cinéma, ni au théâtre.»

Aleksandar Petrović a très mal pris cette critique qui venait de son excellent ami Petar Volk, et comme d’habitude, lui a publiquement répondu: «Voici Petar Volk, qui a activement participé à l’étouffement du cinéma des années 60 alors que ce cinéma nous a donné les meilleurs résultats, qui aujourd’hui se permet de raconter des absurdités sur ma pièce. Il dit que je peux montrer mon film dans le cinéma «Jadran» alors qu’il sait parfaitement que cela m’est impossible. Lui et beaucoup d’autres se taisent depuis dix ans à propos de ce film». Petar Volk et Aleksandar Petrović sont néanmoins restés très bon amis jusqu’à la mort de ce dernier.

La pièce «Le Maître et Marguerite» a été perçue par la presse yougoslave comme une révolte d’Aleksandar Petrović contre l’interdiction de son film, alors qu’en réalité elle était un essai de mise en scène interdisciplinaire.

 

Vers la fin de ses jours, Aleksandar Petrović a émis le souhait qu’«un film soit toujours unique, authentique, proche de la vie, et compréhensible de tous... La philosophie du cinéma est la philosophie de la vie et c'est pourquoi créer des films est autant une peine qu'un plaisir infinis. Je sais que ma fin est arrivée, mais je ne suis ni impatient, ni désespéré.»